C’est une véritable déclaration d’intention. Sur la place centrale de la Virgen Blanca, le regard est immédiatement attiré par une immense inscription végétale portant le nom de la ville, en espagnol et en euskara, la langue basque : « Vitoria-Gasteiz ». Les autorités locales comme les médias régionaux voient dans ce symbole l’expression d’une fierté collective : celle d’avoir obtenu, en 2012, le titre de Capitale verte européenne décerné par l’Union européenne. Mais aussi celle de vouloir continuer à faire figure de référence en matière de durabilité.

« Nous ne cessons d’être un laboratoire », explique Aitor Zulueta, directeur du Centre d’études environnementales (CEA), organisme municipal autonome chargé des politiques de durabilité. « Et notre plus grand défi, aujourd’hui, c’est précisément de ne pas nous endormir sur nos lauriers. C’est là que réside le danger. »

Engagée dans une trajectoire vers la neutralité climatique (voir encadré), la capitale du Pays basque espagnol revendique désormais un statut de référence écologique à l’échelle nationale. Vitoria a l’allure d’une cité compacte entourée d’un vaste écrin végétal. La biodiversité y occupe une place centrale, de même qu’une gestion de l’eau facilitée par le bon état des réserves du Zadorra, principal système de retenues hydrauliques alimentant la ville. A cela s’ajoutent une volonté d’impliquer les citoyens dans la plupart des initiatives et un système de mobilité brandi en modèle. La municipalité aime rappeler que la ville accueillera, en octobre, un sommet du Réseau des villes qui marchent. « Ce n’est pas un hasard », souligne Beatriz Artolazábal, élue municipale chargée de l’Espace public. Nous disposons de 1,5 million de mètres carrés de zones piétonnes. »

900 hectares de ceinture végétale

À Vitoria, demandez à n’importe quel habitant quelle est la principale fierté locale, et la réponse revient presque systématiquement : « l’Anillo Verde », l’Anneau vert. Cette ceinture végétale, composée d’une demi-douzaine de parcs s’étendant sur près de 900 hectares, encercle la ville tout en assurant une continuité avec les espaces naturels environnants. En déambulant dans le jardin botanique d’Olarizu, la forêt d’Armentia ou encore les marais de Salburua, avec leurs passerelles de bois et leur centre pédagogique dédié à la biodiversité locale, on a la sensation d’être immergé en pleine campagne.

« Je crois que notre principale réussite a été de transformer d’anciennes zones industrielles et agricoles, des terrains dégradés ou des décharges en un continuum végétal », explique Luis Lobo, technicien municipal spécialisé dans la biodiversité.

Ce que les responsables municipaux qualifient de « solution fondée sur la nature » abriterait aujourd’hui 68 % des espèces vertébrées et 60 % de la flore vasculaire du Pays basque espagnol (plantes à fleurs, conifères et fougères). On y trouverait également 165 espèces menacées, parmi lesquelles le vison d’Europe, dont une vingtaine d’individus vivraient ici, sur environ 150 recensés à l’échelle nationale.

À cela s’ajoutent quatre zones de protection spéciale, 52 hectares de marais et de vastes espaces naturels en direction des montagnes du sud. La rivière Zadorra, qui borde la ville au nord, a aussi fait l’objet d’un important travail de renaturation. « Nous essayons de maintenir une continuité écologique », explique Agusti Agut, responsable de l’unité « Anneau vert et biodiversité ». « Le dernier plan d’urbanisme prévoit que l’on ne puisse construire qu’à l’intérieur du tissu urbain existant. En outre, 922 hectares ont cessé d’être urbanisables. » Les habitants connaissent bien ces chiffres : chacun disposerait en moyenne de 46 mètres carrés d’espaces verts, tandis que 76 % de la population résiderait à moins de 600 mètres d’équipements sportifs, éducatifs, culturels ou sanitaires. La ville du quart d’heure en acte.

Les transports, un point sensible

Dans cette ville compacte, que l’on peut traverser à pied en une vingtaine de minutes ou en huit minutes à vélo, la question des transports reste néanmoins un point sensible. Certes, 54 % des déplacements s’effectuent à pied. Mais près d’un quart continue de se faire en voiture individuelle. « Pourtant, 90 % des trajets font moins d’un kilomètre, regrette Aitor Zulueta. Et il y a encore beaucoup trop de transports commerciaux polluants : livraisons, fournisseurs, colis… Toute cette logistique devra être décarbonée. »

Le responsable du CEA se montre également prudent sur la place des véhicules électriques. « Leur impact environnemental reste important. Ce qu’il faut avant tout favoriser, ce sont les déplacements à pied et à vélo. » Vitoria dispose pourtant d’un réseau de transport public considéré comme performant et de 150 kilomètres de pistes cyclables, ce qui la place parmi les villes espagnoles les plus avancées en matière de mobilité douce. Mais les responsables locaux reconnaissent volontiers que la ville reste encore éloignée des modèles européens comme Oslo ou Copenhague.

Ces dernières années, les impératifs de durabilité ont parfois été mis sous pression par le développement de nouveaux quartiers comme Zabalgana ou Aretxabaleta, qui ont nécessité l’extension des services municipaux. En parallèle, la ville mise fortement sur le développement des « communautés énergétiques », y compris dans des quartiers populaires comme Adurza ou Judimendi : « Ces dispositifs rassemblent habitants, associations et petites entreprises autour de projets liés aux énergies renouvelables ou aux mobilités durables. Plus des trois quarts de leurs membres sont des particuliers ou des structures sans activité commerciale. La municipalité peut financer jusqu’à 80 % des coûts engagés pour l’installation de panneaux photovoltaïques ou pour des solutions de mobilité partagée, notamment le covoiturage », détaille Aitor Zulueta. « N’oublions pas que nous sommes une petite ville, insiste-t-il fièrement. Mais nous sommes connus pour deux choses plutôt positives : être la capitale du Pays basque espagnol et représenter un modèle de durabilité. »