À bord du navire-laboratoire Plastic Odyssey, Simon Bernard revient d’un tour du monde de plus de trois ans. Objectif : documenter près de 300 initiatives locales pour réduire la pollution plastique des rivières et des océans.

Après ce tour du monde, dans quel état d’esprit revenez-vous ?

Tant qu’on n’a pas mis les pieds dans une immense décharge à ciel ouvert en Afrique ou en Asie, on ne réalise pas les quantités de plastique produites. On voit des déchets brûler partout, des fumées toxiques, des gens qui vivent au milieu de ça. Mais paradoxalement, on revient avec beaucoup d’espoir, parce qu’on a rencontré partout des gens qui inventent des solutions incroyables avec très peu de moyens.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Nous étions partis avec l’idée qu’on allait apporter des solutions et, finalement, on revient avec la conviction que nous avons énormément à apprendre des pays du Sud. Ce sont souvent eux qui innovent le plus. À Beyrouth, on a rencontré des jeunes qui ont créé une sorte d’ « Uber Eats » de la collecte des déchets après l’explosion du port en août 2020. Ils gèrent les déchets de 60 000 habitants malgré des infrastructures totalement détruites. Au Kenya, dans les quartiers populaires de Nairobi, on a découvert les « Milk ATM », des bornes où les habitants viennent remplir leurs contenants en lait ou en huile. Cela réduit énormément les emballages plastiques tout en permettant d’acheter de petites quantités à prix abordables.

Il n’existe pas de solution miracle. Il faut agir à tous les niveaux : réduire le plastique, développer des alternatives, améliorer la collecte. Et tout cela n’a de sens que si, avant tout, nous changeons nos habitudes. En Indonésie, on a vu des systèmes de bonbonnes d’eau consignées collectées et remplies localement à l’échelle des quartiers.  Au Vanuatu, les sacs plastiques pour les fruits et légumes ont été remplacés par des filets réutilisables prêtés à l’entrée des magasins puis récupérés à la caisse. C’est extrêmement simple, mais très efficace.

Les législations contre le plastique ne suffisent-elles pas ?

Elles sont nécessaires, mais insuffisantes. Au Maroc par exemple, les sacs plastiques ont été interdits dès 2016. Sur le papier, c’était très ambitieux. Mais ils ont été remplacés par des sacs tissés en fibres synthétiques. Les gens pensent utiliser du tissu alors qu’il s’agit de polyester, encore du plastique, dont les microfibres finissent dans les décharges et les océans. Avec la réglementation, il faut construire toute une chaîne vertueuse : consigne, lavage, réemploi, etc. 

Expérimentez-vous cela directement à bord ?

Oui. Grâce à un système de filtration, nous avons évité plus de 40 000 bouteilles plastiques en trois ans. Nous avons aussi créé un laboratoire zéro déchet sur le bateau. On fabrique nous-mêmes les pâtes, le lait végétal, les produits ménagers ou les boissons qui étaient auparavant achetés dans du plastique. L’idée, c’est de montrer qu’on pourrait avoir dans les villes des mini-unités locales capables de laver, remplir et redistribuer des contenants consignés au plus près des consommateurs.

Quelle est la prochaine étape pour Plastic Odyssey ?

Nous préparons une grande mission en Méditerranée*. Avec les industriels, les collectivités et la société civile, nous voulons transformer cette mer fermée en laboratoire d’actions concrètes contre la pollution plastique. Le monde n’a plus besoin de nouveaux constats. Il a besoin de solutions efficaces et réplicables partout.

* La Méditerranée est la mer la plus polluée au monde. Chaque jour, près de 630 tonnes de déchets plastiques y sont rejetées.