En avril dernier se tenait à Lyon, sous l’égide de l’Elysée, le premier sommet « One Health » (Une seule santé). Une manière de consécration pour cette nouvelle approche sanitaire et médicale, qui postule que la santé humaine est indissolublement liée à la santé animale et au respect des écosystèmes. Notre bien-être dépend donc directement de notre environnement au sens le plus large, ce qui recouvre des questions aussi diverses que les zoonoses (les maladies transmises de l’homme à l’animal, comme le Covid), l’alimentation, ou les pollutions multiples affectant l’air, l’eau, les sols… Seul le One Health permet de rendre compte de la recrudescence des maladies chroniques (cancers, obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, etc.) ; on s’accorde ainsi à reconnaître qu’en France, la moitié des cancers seraient dus à des causes environnementales et comportementales !
Dans cette équation à multiples inconnus, l’écologie tient une place centrale. En effet, c’est le changement climatique qui bouleverse les écosystèmes. De là, les expositions physiques (chaleur…), les expositions chimiques (PFAS, pesticides…), et les expositions biologiques (agents infectieux) qui fragilisent notre santé. C’est ainsi que la transition écologique est devenue aussi un enjeu de santé publique.

Voyage en terre inconnue

L’histoire du One Health est récente. Il y a un peu plus de trente ans, en 1994, la notion de santé environnementale fait son apparition lors de la conférence européenne d’Helsinki (1). En 2004 est adopté en France le premier plan santé-environnement (PSE), décliné depuis au niveau régional. Premier enjeu du PSE actuel : agir face aux expositions connues. Ainsi de la pollution de l’air qui provoque les maladies cardio-vasculaires et respiratoires, des perturbateurs endocriniens qui entraînent des troubles reproductifs. Second enjeu : agir face aux expositions aux effets incertains. Exemple les PFAS, présents notamment dans l’eau, dont on suspecte les effets cancérigènes… sans certitude absolue. Pour y voir plus clair, le recours aux data est indispensable ; il s’agit de parvenir à croiser les données sanitaires, environnementales et territoriales. Actuellement, l’Etat déploie le projet Green Data for Health (2) avec pour ambition de structurer les données disparates – tâche complexe, quand on sait que le “One Health” relève de 6 ministères différents… La santé-environnement pèse lourd en vies humaines et en coûts : selon l’Igas, elle représente 6 milliards de dépenses annuelles, hors prise en charge des maladies.  Comme le dit Pierre Breton, directeur du Green Data for Health à l’Anses, « la santé devient un indicateur du succès ou de l’échec de notre adaptation ».

La santé environnementale engage clairement nos modes de vie et notre modèle industriel et agricole ; il faudra une bonne dose de courage politique pour affronter ces questions. Dernier exemple en date avec les mises en garde lancées successivement par les médecins généralistes (juin 2025) et l’Anses (3) autour de la surexposition au cadmium, un cancérigène reconnu, largement présent dans notre alimentation (céréales, pains, pâtes…) ; l’imprégnation moyenne des Français est trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens. En cause : les engrais, dont la France est le premier consommateur européen. Les solutions passeraient par un arsenal juridique définissant des seuils limites, et surtout par la modification en profondeur de nos pratiques alimentaires et agricoles…