Et si le voyage vertueux débutait par le choix du bon sac ? L’économie de la mode est traversée par les débats liés à l’impact de la surconsommation et à question des déchets.
En réfléchissant au recyclage de matériaux existants mais aussi à la fonctionnalité, nombre de marques d’accessoires ont fait du sac un terrain d’innovation : cela va de l’upcycling complet de matériaux à l’utilisation de matières recyclées.

Bâches de premier choix

Le propre des pionniers est de lancer des paris fous qui réussissent.
L’histoire de Freitag débute en 1993 par la production d’une petite collection de sacs de coursier faite en bâches de camion usagées, solides et hydrofuges. Daniel et Markus Freitag, les deux graphistes suisses fondateurs de la marque, utilisent également des chambres à air de vélo et des ceintures de sécurité. Tous les modèles sont uniques, la matière guidant la création.  En plus de trente ans, la société n’a cessé d’étoffer sa gamme, qui répond aujourd’hui à toutes les formes de mobilité.
Dernièrement, la famille des sacs à bandoulière s’est enrichie de 3 nouvelles références : Tilda, Ruby et Eddie, correspondant à des propriétés pratiques différentes. Pensé comme sac à main, le modèle Laura fait taire ceux qui pensent que les accessoires robustes sont nécessairement masculins.
Et pour que la moindre chute de matériau soit utilisée, Freitag a lancé des bijoux de sacs pour suivre la tendance. En France, Bilum s’est positionné sur le même marché il y a dix ans. Sa créatrice Hélène de la Moureyre, qui travaillait dans l’événementiel, a eu l’idée de réaliser des sacs à partir de bâches publicitaires géantes. Aujourd’hui, 7 ateliers français produisent les modèles et la gamme s’est formidablement enrichie. 

Les voiles ont la cote

De la terre à la mer, plusieurs marques ont vu dans les voiles de bateaux usagées une matière première solide à recycler. Elles sont en polyester type Dacron ou en fibre de carbone.
Jusque-là, elles étaient brûlées en déchetterie. En 2000, Vent de Voyage est créé autour d’un atelier artisanal local à Saint-Malo d’où sort la totalité de la production. Le travail de couture à la main hérité du temps des fondateurs (une architecte et un marin qui ont transmis depuis la société à l’actuel propriétaire) donne un produit artisanal de qualité, vendu en ligne et dans les boutiques de Saint-Malo et Dinard.  Le recyclage des voiles fait des émules. En 2010, à Lorient, sanctuaire de la course au large, 3 associés fondent 727 Sailbags. La réponse inclut des sous-traitants : 20 % de la production est fait sur place, le reste étant sous-traité dans un rayon allant jusqu’à 3000 km maximum en France, en Tunisie, au Portugal, vendu dans les 9 boutiques en propre ou chez des revendeurs. La mer inspire aussi les Marseillais de Canal16LAB (également fondateurs de espigas_marseille), qui transforment en sacoche à vélo ou en sac de voyage des radeaux de survie dans un circuit ultra-court de 2 km.

Ce marché de l’upcycling fait bouger les autres acteurs. Lancée il y a quatre ans, la marque Kabas utilise du polyester et du nylon recyclé. C’est en partant d’une analyse fonctionnelle de nos usages que les deux créatrices, gastronomes l’une et l’autre, ont revisité le lunch bag, en version isotherme et mode à la fois. Nombre de clientes les collectionnent dans les différentes tailles et motifs, certaines le détournent en sacs de piscine ou en cabas de courses. Cet intérêt pour les rebus de matière conduit décidément à des inventions incroyables. La textile-designer Lora Sonney, très inspirée par la nature et fraîchement diplômée de la Head-Genève, a eu l’idée pendant le covid de transformer des tuyaux d’arrosage usagés en une membrane qu’elle utilise pour créer accessoires et vêtements.
Elle a gagné le prix de l’Entrepreneuriat IFMXAMI en 2024. Ultime preuve que le recyclage et la fonctionnalité peuvent doper la créativité. 

Références
Hangar 727 Sailbags. Base de Kéroman 3, rue d’Estienne d’Orves, Lorient
Freitag: 11, rue de Marseille, Paris 10e chez Veja General Store 
Sacs Kabs chez Centre Commercial à Paris. 2, rue de Marseille, Paris 10e