C’est un des livres fondateurs de l’écologie, même si l’autrice n’utilise quasiment jamais ce
mot. Après plusieurs ouvrages sur les océans qui lui assurent une belle notoriété, la
biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) publie en 1962 Printemps silencieux, une
charge contre l’usage massif du DTT et des pesticides de synthèse dans l’Amérique des
Trente Glorieuses. Silencieux ?
Comme la campagne et les forêts où l’on n’entend plus guère
le chant des oiseaux, éliminés par les pesticides… Carson démontre que l’usage de la chimie
à hautes doses détruit les équilibres naturels et menace les vies humaines. Elle anticipe ainsi
à la fois les questions de santé environnementale et de disparition de la biodiversité. Adepte
d’une approche globale de l’environnement, elle rappelle aussi que les pesticides – qu’elle
préférait appeler biocides pour souligner leur caractère nocif pour toute forme de vie –
affectent l’ensemble des écosystèmes. L’eau même est contaminée, ; « voici une nouvelle
occasion de constater que tout est lié dans la nature », écrit-elle..
Un livre qui fit grand bruit
Si l’essai rencontre un immense succès aux États-Unis et à l’international (traduit en
16 langues, il s’écoule à plus de 2 millions d’exemplaires), il divise profondément. ; D’un
côté, Carson reçoit le soutien de nombreux scientifiques dont Roger Heim, le directeur du
Muséum national d'histoire naturelle, qui signa la préface de l’édition française. De l’autre, il
provoque l’ire des grandes firmes chimiques (DuPont et Velsisol Chemical
Corporation en tête). C’est aussi le modèle de l’agriculture intensive que Carson dénonce. En
France, l’Inra critique à l’époque les conclusions du livre, qui tandis qu’il reçoit un accueil
enthousiaste chez les partisans de la biodynamie, disciples de Steiner. Logique.
Printemps silencieux entraîna l’une des premières victoires de l’écologie naissante :
l’interdiction du DDT, qui survint en 1972, dix ans après la publication du livre. Ce pesticide,
emblème de l’après-guerre, porté aux nues pour ses succès fulgurants contre la malaria et le
typhus, était massivement utilisé dans l’agriculture, sans discrimination. Avec ses effets
néfastes sur le vivant, que Rachel Carson fut la première à documenter
scientifiquement. Et pourtant – mais toute l’histoire de la littérature n’est-elle pas faite de
ses injustices ? – ce livre majeur tombera dans l’oubli.… Jusqu’à ce que l’écologie en fasse
l’une de ses références majeures. À redécouvrir d’urgence.



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