Existe-t-il une définition médicale de l’éco-anxiété ?

Non, malheureusement. Bien que les premières recherches datent de 1997, il n’existe toujours pas de définition reconnue par l’Académie de médecine ou inscrite dans les tableaux cliniques de l’OMS utilisés par les praticiens. Quand j’ai reçu mes premiers patients éco-anxieux en 2016, je ne savais donc pas de quoi ils souffraient.

Vous savez aujourd’hui quel est ce mal ?

En 2021, j’ai découvert les travaux de la chercheuse Teaghan Hogg (1). Elle définit l’éco-anxiété, non comme un délire pathologique mais comme une détresse psychologique née d’une inquiétude liée aux enjeux environnementaux. Elle a associé à sa définition un tableau clinique et un outil de diagnostic. Pour un praticien comme moi, c’était le Graal. 

Tout le monde est préoccupé par la crise climatique. En quoi les éco-anxieux se distinguent-ils ?

L’éco-anxiété survient lorsque cette inquiétude devient si intense qu’elle menace votre santé mentale. Cela commence par des symptômes cognitifs qui se traduisent par des ruminations. Votre pensée tourne en boucle sur la fonte de la banquise ou le dépérissement des forêts. Viennent ensuite les symptômes émotionnels. Vos ruminations se transforment en peurs qui alimentent votre mal-être et finissent par vous plonger dans un état de détresse psychologique. 

Comment en guérit-on ?

Le rôle des psychologues et des psychiatres est d’enrayer le processus pour éviter que vous soyez envahi par des peurs, des angoisses puis une détresse psychologique qui vous empêche de dormir et vous isole socialement. À ce stade, les éco-anxieux peuvent sombrer dans la dépression et être confrontés à l’angoisse de la mort. Pour eux, en effet, voir disparaître les coraux ou les insectes, c’est comme perdre un être cher dont ils ne peuvent pas faire le deuil.  

Que faire en cas détresse psychologique ?

La régulation de la surcharge cognitive consiste notamment à fermer le robinet des informations anxiogènes. Les groupes de parole aident à travailler la surcharge émotionnelle et sont souvent l’antichambre de la régulation par l’action. Hyperconscient de la crise climatique, l’éco-anxieux se sent empêché d’agir. « Que puis-je faire seul contre la fonte de la banquise ? » Ce sentiment d’impuissance peut le mener vers des états dépressifs. La meilleure réponse est de s’investir à son niveau dans un éco-projet qui permet de retrouver son pouvoir d’agir en militant, par exemple, dans une ONG environnementale.  

Faute de reconnaissance médicale de l’éco-anxiété, à qui les éco-anxieux peuvent-ils s’adresser ?

Il n’y a pas de réponse officielle, c’est dramatique. J’ai essayé dans un rapport publié en 2025 (2) d’alerter les pouvoirs publics car il s’agit d’un véritable problème de santé publique. Au total, 4,2 millions de Français sont fortement ou très fortement éco-anxieux et, parmi eux, 420 000 personnes sont en situation de bascule psychopathologique et devraient être prises en charge par un psychiatre et, éventuellement, hospitalisées.

(1) « The Hogg eco-anxiety scale: Development and validation of a multidimensional scale », de T. Hogg, S. Stanley, L. O’Brien, M. S. Wilson, C. Watsford, Global Environmental Change, 2021.
(2) L’Éco-anxiété en France (étude 2025), de Pierre-Éric Sutter, Sylvie Chamberlin et Léonie Messmer, Ademe, librairie.ademe.fr