L’été est leur saison. Celle où les terrasses se remplissent… Certains insectes réapparaissent alors dans notre quotidien. Pas les araignées, présentes toute l’année. Mais les guêpes qui tournicotent autour des assiettes, les moustiques qui zonzonnent dans les chambres, les frelons qui bourdonnent dans les massifs de fleurs. Instantanément, le même réflexe surgit : méfiance, crispation, parfois exaspération. Pourtant, au-delà de leur mauvaise réputation, ces insectes sont très utiles : « Il y a environ 45 000 sortes d’insectes en France hexagonale. Et très peu nous embêtent réellement », rappelle François Lasserre, entomologiste et vice-président de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE). Une mise en perspective essentielle, à l’heure où les populations d’insectes s’effondrent partout dans le monde.

Guêpes et frelons pollinisateurs

La guêpe cristallise sans doute le plus grand malentendu estival. « Il en existe environ 8 000 sortes en France, dont deux espèces seulement se posent dans nos assiettes », souligne François Lasserre. Leur présence s’explique simplement : les guêpes recherchent de la matière animale pour nourrir leurs larves. « Elles viennent découper un morceau de viande ou de poisson pour l’emporter au nid. » La plupart des guêpes vivent discrètement, souvent seules, loin des humains. Mais celles qui demeurent en colonie jouent aussi un rôle écologique majeur. D’abord, elles pollinisent des fleurs que certaines abeilles délaissent. Surtout, elles sont de redoutables prédatrices : dans un jardin, un nid de guêpes « peut tuer entre 20 000 et 40 000 autres insectes par jour – chenilles, mouches, pucerons ou punaises », précise l’entomologiste. Une forme d’insecticide naturel et gratuit.

La peur des piqûres reste pourtant très ancrée. Là encore, François Lasserre invite à relativiser : « En dehors du nid, les guêpes ne sont pas du tout en mode défense. » Les ouvrières qui volent autour de nous sont occupées à chercher de la nourriture. Les piqûres surviennent surtout lorsqu’on marche sur une guêpe, qu’on la coince contre soi ou que l’on s’approche trop près d’un nid. « Les probabilités sont avec nous : des millions de guêpes nous côtoient chaque été et on se fait rarement piquer ! », rappelle cet ami des insectes. 

Même constat pour les frelons. Leur taille impressionnante alimente les fantasmes, renforcés depuis l’arrivée du frelon à pattes jaunes – plus connu sous le nom de frelon « asiatique ». Pourtant, biologiquement, leur comportement reste proche de celui des guêpes. « Ce sont de grandes guêpes sociales », résume François Lasserre. Là encore, les individus observés loin du nid sont principalement occupés à chercher de la nourriture. Et eux aussi participent à la pollinisation tout en régulant les effectifs de nombreux autres insectes.

Le moustique, un cas à part

Il reste le plus difficile à défendre, parce qu’il touche directement au confort humain… et parfois à la santé. « Parmi les 70 espèces de moustiques présentes en France, seules trois ou quatre viennent vraiment chercher notre sang », pointe néanmoins François Lasserre. Les moustiques tigres, en particulier, préoccupent avec raison les autorités sanitaires. Mais il est important de privilégier la prévention plutôt que les traitements massifs à base d’insecticides : éliminer les eaux stagnantes, installer des moustiquaires ou utiliser des répulsifs sont les stratégies les plus efficaces. Car même les moustiques jouent un rôle écologique. Leurs larves nourrissent poissons, amphibiens et libellules. Les adultes servent de nourriture aux oiseaux insectivores comme les hirondelles ou les martinets. Et certains participent aussi à la pollinisation. 

« Il n’y a jamais de solution parfaite », résume François Lasserre. Derrière cette affirmation, une idée simple : apprendre à distinguer les espèces réellement problématiques de l’immense majorité des insectes inoffensifs.