Myrto Tripathi a choisi un combat difficile : elle milite pour une approche rationnelle de la transition énergétique. « Je ne veux pas laisser croire que les engagements sont des épiphanies. Ils doivent reposer sur un raisonnement », glisse-t-elle, persuadée que l’accès à l’énergie reste le point central des grands enjeux sociaux et environnementaux. « Que ce soit la lutte contre la pauvreté, l’égalité femmes-hommes ou la santé, tout dépend de l’énergie », observe-t-elle. Elle a passé dix ans chez Areva, où elle a acquis une expertise approfondie du nucléaire : « J’avais besoin de réponses. Et je les ai eues », lâche-t-elle aujourd’hui. 

C’est en 2014 qu’elle prend un virage important. Un projet concernant la Suède sur lequel elle travaille tourne court quand ce pays choisit de renoncer au nucléaire. « J’ai vu disparaître des années de travail d’ingénierie et casser un système vertueux pour le climat, pour des raisons politiques », raconte Myrto Tripathi. Encouragée par Jean-Marc Jancovici (Shift Project) elle quitte alors l’industrie pour rejoindre les négociations internationales sur le climat, au côté de Brice Lalonde. Découvrant les coulisses des COP et le rôle déterminant des ONG dans les décisions publiques, elle en tire plusieurs conclusions : l’urgence climatique est sous-estimée et le rôle du nucléaire absent du débat. « Le nucléaire n’était pas un adversaire, mais un tabou. Et un tabou ne peut pas se défendre. » C’est pourquoi elle fonde les Voix du Nucléaire en 2018 avec pour objectif de réintroduire des faits scientifiques dans le débat et de pousser une parole citoyenne favorable au nucléaire. « Des jeunes pensaient que le nucléaire émettait beaucoup de CO₂. Ils votaient contre leurs propres convictions climatiques ! », souligne-t-elle (1).

En France mais aussi à l’étranger, ses travaux influencent progressivement le débat public et institutionnel, notamment sur la place du nucléaire dans la stratégie de transition énergétique, le rôle de l’hydroélectricité, etc. En 2024, elle a créé l’Institut TerraWater, think tank dédié à l’analyse des systèmes énergétiques bas carbone. « Les différentes énergies ne rendent pas les mêmes services. Elles ne sont pas substituables », insiste celle qui tente de pacifier les débats sur un sujet qui a plus besoin de solutions que de polémiques. Elle prépare plusieurs publications, dont des scénarios énergétiques pour la France et l’Allemagne, ainsi qu’un festival baptisé Et la science ?! qui verra le jour en 2027.