En juillet dernier, Malaunay (Seine-Maritime), commune de 6 000 âmes de l’agglomération de Rouen, a reçu 5 étoiles, la plus haute distinction du label Territoire engagé transition écologique (TETE) attribué par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). C’est la première ville de moins de 20 000 habitants à atteindre ce niveau d’excellence en France, répondant à un cahier des charges de plus de 1 200 actions à accomplir, allant de la plantation d’arbres à l’installation de panneaux solaires (il y en a désormais sur 1 600 mètres carrés), en passant par la création de nouveaux itinéraires pour favoriser la mobilité douce.
Ce label est une « une bonne feuille de route pour les collectivités qui veulent se lancer, résume Nolwenn, responsable du service Transition et résilience de Malaunay. C’est un référentiel très complet qui permet de couvrir tous les champs de la transition avec un seul outil. En revanche, ça peut décourager certaines communes car cela demande du temps, de la ressource humaine et amène à questionner ses pratiques, puisqu’on doit afficher des résultats concrets. » Jusqu’à présent, seules des grandes villes comme Rennes ou Bordeaux ont décroché les cinq étoiles du label du programme TETE, sur le volet économie circulaire. La reconnaissance de Malaunay, localité verdoyante traversée de rivières, ne doit rien au hasard. Cette ville pionnière cultive depuis près de vingt ans une approche innovante.
Une démarche collective
À l’origine de ces initiatives, des difficultés budgétaires. Dès 2006, la mairie crée des comités écocitoyens composés d’agents et d’élus municipaux (sur la base du volontariat) pour imaginer des solutions d’économie. En résultent 50 actions concernant l’alimentation, la gestion des déchets, l’électricité ou encore l’eau. Quatre ans plus tard, la commune se mue en territoire post-carbone, avec une politique de l’énergie très volontariste – ce secteur étant identifié comme le plus gros poste de dépenses. Au fil du temps, Malaunay a su fédérer conseillers municipaux, agents, associations, mais aussi bailleurs et entreprises autour d’un même objectif : inventer une ville résiliente, ambitieuse et exemplaire, où chaque euro investi dans l’écologie devient un outil de redressement des comptes et de renforcement du lien social.
La crise énergétique et la poussée inflationniste de l’après-Covid ont ensuite agi comme des révélateurs : loin d’être un luxe réservé aux grandes métropoles, l’écologie assure des économies substantielles et une meilleure qualité de vie. « Nous avons chaussé les lunettes du développement durable : il n’est plus possible de mener une action sans en mesurer l’impact environnemental », comme l’explique le maire, Guillaume Coutey. Résultat : 82 % des dépenses d’équipement sont orientées vers la transition écologique, et la commune mobilise 192 euros de subventions par habitant contre 72 euros en moyenne. Grâce à une gestion rigoureuse, seulement 10 % des investissements recourent à l’emprunt. L’endettement reste ainsi très mesuré (quatre ans de capacité de remboursement), tandis que les choix écologiques sont devenus synonymes de bonne gestion.
À Malaunay, la transition s’envisage dans toutes ses dimensions, de l’urbanisme à la rénovation des bâtiments, en passant par un mix énergétique sobre et bas carbone. Trois chaufferies biomasse couvrent 62 % des besoins en chaleur auxquels s’ajoute 39 % d’électricité photovoltaïque depuis 2023, gérée via des plateformes qui permettent de répartir l’électricité produite localement entre les habitants. La végétalisation des espaces publics, la limitation des pesticides, le développement du bio (80 % des repas scolaires en bio et/ou local) complètent cet engagement. Les résultats sont palpables. « Il y a deux ans, lorsqu’on nous a invités à porter des cols roulés et à baisser le chauffage, Malaunay a maintenu le niveau de son service public car nous avions anticipé le choc des prix », se félicite Guillaume Coutey. Si le gymnase Nicolas-Batum n’a pas fermé ses portes et si la température de l’eau de l’emblématique piscine Tournesol a été maintenue, c’est grâce à l’important chantier de réhabilitation thermique. La rénovation du gymnase municipal a permis d’économiser plus de 80 % d’énergie. L’accompagnement des habitants pour la rénovation énergétique, leur implication à travers des défis organisés localement, l’écomobilité (100 arceaux vélos, 66 % de rues limitées à 30 km/h) et la gestion différenciée des espaces verts dessinent une ville en avance. Le tout soutenu par la formation des agents et la diffusion de pratiques innovantes à l’échelle du territoire.
Mathieu a choisi en 2021 d’ouvrir son salon de coiffure labellisé écoresponsable dans la rue principale. « Mes clients ont tout de suite adhéré au projet de transition écologique. » Dans son salon, il a mis en place le recyclage des déchets ménagers dangereux comme l’aluminium et les tubes de couleur… mais aussi la récupération des cheveux.
Une ville pilote
Les bailleurs sociaux, séduits par le volontarisme communal, s’engagent dans des projets exemplaires comme l’îlot Effel, une ancienne école du XIXe siècle transformée en habitat participatif. Les entreprises locales innovent, convaincues par l’élan collectif et séduites par les perspectives de sobriété énergétique. Ce rayonnement a permis la multiplication d’initiatives concertées et le maire a pris un rôle d’ambassadeur lors de la COP21 locale, portant la voix de plus de 70 autres communes dans l’accord de Rouen pour le climat signé dès 2018. Malaunay s’affirme en « laboratoire de solutions », multipliant les coopérations avec Enedis, Terraleo (récupération des biodéchets) ou des leaders industriels – jusqu’à installer un démonstrateur de stockage d’énergie dans l’église et à systématiser les clauses environnementales dans 79 % des marchés publics. Malaunay participe même à la définition des grilles d’évaluation pour d’autres villes engagées dans la transition écologique. Forte de ses cinq étoiles, elle vise l’European Energy Award Gold – espérant rejoindre Lausanne, Genève ou Münster. Ce parcours est rendu possible par des indicateurs concrets : consommation énergétique des bâtiments communaux en baisse de 36 % depuis 2012, 18 millions d’euros investis en huit ans (63 % du budget communal annuellement consacré à la transition), investissements massifs dans la rénovation du patrimoine et la biodiversité, et un tissu citoyen toujours plus mobilisé autour de consultations locales.
Cette stratégie de long terme, capable d’afficher des résultats concrets et suivis, s’impose comme la meilleure réponse au « coût de l’inaction » mis en avant par le maire. Là où d’autres communes hésitent devant la montagne de travail et les indicateurs à atteindre, Malaunay prouve que l’écologie n’est pas une charge mais un investissement d’avenir, et un formidable outil de redressement, d’émancipation et d’attractivité pour les petites villes françaises.





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