Pourquoi votre fiction s’intitule-t-elle Terre ou Lune plutôt que Terre et Lune ?
Othello, le personnage principal, hésite entre une chose et son contraire, sa mère ou son père, coupable ou innocent, la Terre ou la Lune, la ville ou la campagne. L’histoire principale, c’est l’histoire de sa famille, la relation compliquée entre son père et sa mère. C’est un peu l’histoire de ma famille. Et puis je voulais parler de problématiques actuelles, même si ça se passe dans le futur. Je ne pouvais donc pas échapper aux problèmes écologiques. Or, si ça se passe mal globalement sur la Terre et qu’on a la possibilité d’aller ailleurs, ça me semble logique de tenter d’aller sur la Lune ou sur Mars. Étrangement, c’était plus facile à imaginer que de penser à régler les difficultés auxquelles nous sommes confrontés.
Votre vision du futur est assez dystopique…
Je ne pense pas. Si on regarde la Terre aujourd’hui, il y a des endroits où les choses se passent très mal aussi, non ? Est ce qu’on dirait que la Terre actuelle est une dystopie ? En fait, je n’ai pas réfléchi en ces termes. Le personnage principal est né dans ce monde et ne sait pas trop ce qui se passe autour de lui, comme beaucoup d’ados qui ne s’intéressent aux problèmes que lorsqu’ils sont liés à leur histoire personnelle. Ce que je dessine est pour moi juste une société qui ressemble à la nôtre. L’idée était aussi de montrer ce qu’on aurait fait de la Lune pour des raisons qui peuvent sembler pertinentes. Et pourtant, ce monde s’avère quand même horrible. Malheureusement, je pense que ça se passe souvent comme ça.
Pourquoi, dans votre ouvrage, la culture est-elle interdite sur la Lune ?
Dans ce futur, la culture n’est possible que financée par des marques pour faire l’apologie de la starification et de la consommation. Tout comme la publicité est de nos jours une culture instrumentalisée. Donc, la nouvelle société de la Lune la rejette. Mais en l’interdisant avec de bonnes intentions, cela débouche sur un régime autoritaire. Et, entre nous, je déteste les publicités. Une publicité bien faite, c’est ce qu’il y a de plus efficace pour vendre. Finalement, je trouve cela assez triste.
Votre personnage, Othello, est passionnée d’ornithologie. Comme vous, il me semble ?
Je suis adhérente à La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux). Mais j’habite à Avron (Paris, 20e), je n’ai pas de voiture, alors il m’est difficile de participer à des chantiers de plantation de haies, d’entretien de friches, etc. J’aimerais bien faire plus, pourtant. Par exemple, protéger les busards. Quand je rentrais chez moi le week-end, j’allais faire des tours dans les champs et je voyais des mères busards tourner au-dessus de leurs nids, que des moissonneuses allaient écraser. C’est pour ça que j’ai fait cette BD, pour parler de ça. Les oiseaux que je dessine, je ne les anthropomorphise pas, pas plus que je ne les « romantise ». Ils ont des problèmes d’oiseaux, c’est-à-dire des difficultés liées à l’écologie.
Dessiner, est-ce une manière d’agir, pour vous ?
Oui. Mais je pense que ça ne suffit pas. Je parle aux gens. Je fais de la sensibilisation. Mais je ne suis pas sûre que la culture puisse faire bouger les mentalités. Quand les gens regardent des films qui parlent d’écologie, de protection de la nature, un film d’Hayao Miyazaki par exemple, je ne pense pas qu’ils sortent du cinéma en se disant qu’ils vont protéger les espèces. J’essaie malgré tout d’agir à mon niveau. Je suis contente parce qu’une bénévole de la LPO va venir parler des busards lors de ma prochaine dédicace.

Terre ou Lune, Tome 1, de Jade Khoo, éditions Morgen, 32,90 €



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