Avec 200 exposants et 300 élus présents, le Sibca, le salon de l’immobilier bas carbone, réunit tous les ans à Paris des géants du secteur comme Altarea, Cogedim et Icade, mais aussi des acteurs moins connus, porteurs de solutions déjà commercialisées. « Il y a un nombre toujours plus important d’acteurs engagés », explique Ferrielle Deriche, la directrice du Sibca. Architectes, bureaux d’études, promoteurs, industriels, collectivités territoriales, toute la filière immobilière est présente pour répondre aux défis du dérèglement climatique. Celle-ci poursuit aujourd’hui deux objectifs : baisser ses émissions carbone, bien sûr, mais aussi adapter les bâtiments (résidentiels et tertiaires) à une France à +2,7 °C à l’horizon 2050, d’après les anticipations de Météo-France et du Giec.

Adapter le bâti existant

Selon le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), 80 % de la ville de 2050 est déjà construite, et il faut désormais adapter ce qui existe. « La régénération du patrimoine est l’un des grands sujets du secteur. Il faut repenser tout le bâti. Au salon, on démontre qu’il est possible d’intégrer des solutions modernes et bas carbone à de l’ancien », rassure Ferrielle Deriche, même si elle pense qu’« il faut aller plus vite ». Les réponses se trouvent déjà à portée de main selon les professionnels. La grande tendance est le hors site, qui s’impose de plus en plus comme une alternative crédible. On fabrique en usine et l’on assemble sur site, pour un résultat souvent plus rapide et moins polluant. L’approche du hors site résonne particulièrement chez les acteurs de l’immobilier, pour qui mieux contrôler la qualité, réduire les déchets tout en optimisant les délais sont devenus des priorités. Il s’agit d’une nouvelle manière de penser la conception d’un bâtiment et pas seulement pour des logements individuels.

Au Sibca, ont été dévoilés les noms des projets finalistes du premier Prix national de la construction hors site. Les gagnants seront annoncés au Salon des maires le 20 novembre. Le village des athlètes des JO de Paris 2024, mais aussi des résidences étudiantes, des écoles sont pensés ou rénovés suivant cette technique. À La Plaine Saint-Denis (Île-de-France), l’immeuble Breizh, un ensemble de 35 000 mètres carrés qui accueille le siège de GRDF, a permis au promoteur WO2 de remporter le Grand Prix BBCA de l’immobilier bas carbone. Dans cette construction, le bois a joué le premier rôle. « Dans les années 1980 et 1990, les immeubles en bois avaient mauvaise presse. Les façades se détérioraient au fil du temps et l’aspect visuel n’était pas satisfaisant. Désormais, on protège le bois des variations d’humidité. On l’a encapsulé », explique Marc Lafont, président de WO2. Avec ce matériau, le chantier de Breizh a gagné du temps. « Quand on construit en bois, on peut préfabriquer la façade, pour qu’une fois sur place, ce ne soit qu’un chantier d’assemblage. Résultat : nous avons livré le siège de GRDF avec trois mois d’avance », ajoute l’entrepreneur.

Briques en bois et hydrogène fait maison

Grâce à ses propriétés écologiques, notamment en matière de captage et de stockage de carbone, mais aussi son potentiel dans les constructions modulaires, le bois devient donc un acteur incontournable de la décarbonation. Il permet de sortir du duo ciment-béton dont l’impact carbone est quatre à six fois plus important que celui du bois, selon l’Ademe.

L’entreprise Brikawood a bien compris cet enjeu et pousse encore plus loin l’exigence. Elle propose de monter des maisons passives à coût réduit, grâce à des briques en bois. Fabriqués à partir de pin Douglas, en provenance de forêts gérées de façon durable, ces parpaings nouvelle génération sont composés de quatre éléments qui s’emboîtent les uns dans les autres, et assurent une rigidité du matériau. Pas besoin de clou, de vis ou de colle ! Le parallèle avec les maisons Lego est rapidement trouvé. « Nous proposons une maison avec un certain confort, à un coût identique à celui d’une maison traditionnelle », présentent Aurélien Durand et Aurélien Martin, respectivement représentant technico-commercial et recherche et développement chez Brikawood. La société, dont la clientèle est avant tout composée de particuliers, entend faire connaître les qualités de sa maison modulaire durable à un public plus large, comme « les professionnels et les donneurs d’ordre ».

Changer d’échelle, pour permettre à son produit de rayonner. Si la problématique est présente chez les acteurs du bois, elle concerne aussi d’autres porteurs de solutions. C’est notamment le cas pour l’énergie de la maison, domaine où l’innovation bat son plein avec les pompes à chaleur mais aussi les systèmes autonomes solaire-batterie, par exemple. Certains acteurs du secteur sont encore plus disruptifs, comme H2Gremm, basée dans le Finistère, qui conçoit des petites stations de production et distribution d’hydrogène, « de la taille d’un frigo ». « On part de l’eau et de l’électricité solaire pour créer une nouvelle énergie, l’hydrogène, que l’on vient stocker. Cela va servir pour l’usage quotidien du bâtiment, mais aussi pour la mobilité », explique son codirigeant Olivier Le Strat. Objectif : gagner en autonomie et améliorer le confort de vie des usagers, avec un système qui alimente aussi les vélos et les voitures électriques de la maison. D’ores et déjà, le Sibca s’est révélé riche en rencontres pour cette société bretonne, qui prévoit une accélération de sa production. En 2024, elle fabriquait une station par mois. D’ici à 2030, elle veut en produire… 1 500 par an. Une autre manière de placer la sobriété des usages au cœur des enjeux immobiliers de demain.