Il se souvient encore de l’époque où il venait de Paris pour patauger dans la boue des estuaires, faire des prélèvements et des essais de formulation. Originaire de Muzillac (Morbihan), l’architecte-ingénieur Yann Santerre s’intéresse de longue date à la question de l’envasement. Comme dans l’embouchure de la Vilaine, suite à la construction du barrage d’Arzal dans les années 70 : « Je me rappelle des associations environnementales qui organisaient des traversées de la baie à marée basse, pour faire prendre conscience du taux d’envasement. » De cette plaie il a fait une aubaine, en mettant au point un procédé qui permet de créer à partir de la vase accumulée dans les eaux des ports ou des rivières, un matériau résistant à l’eau et aux propriétés isolantes similaires à celles de la terre cuite. Près de Brest, dans son entreprise Gwilen, on fabrique ainsi des carreaux pour la construction et la décoration intérieure.

Les premiers essais ont l’allure et l’esthétique de tomettes en terre cuite. « Notre procédé utilise les propriétés mécaniques naturelles des sédiments marins, explique-t-il. Nous ne rajoutons aucune résine. C’est une matière première entièrement naturelle. La vase est totalement valorisée. »

Chaque année, 40 millions de mètres cubes de sédiments sont dragués dans les ports en France, pour être rejetés au large. La valorisation de ces déchets à échelle industrielle permettrait de consommer moins de ressources de carrière et d’éviter les rejets massifs en mer.

Vers des applications industrielles

En 2025, Gwilen a déjà organisé une levée de fonds qui a permis de récolter 500 000 euros pour le développement de sa « pâte sédimentaire » aux propriétés comparables à certains bétons. « Elle est visqueuse et malléable comme le béton, on peut en faire des pièces moulées ou des éléments de façade, de toiture ou des éléments techniques », précise Yann Santerre.

Actuellement, les sédiments viennent des ports de Vannes, de Quiberon, de Landerneau et du canal d’Ille-et-Rance. « La variabilité du sédiment est très importante d’un port à l’autre. Notre procédé permet de créer notre pâte quelle que soit la composition du sédiment. » Si l’activité de fabrication de tomettes pour la décoration intérieure continue de se développer, Yann et ses associés souhaitent passer à la phase industrielle pour la fabrication des briques sédimentaires afin de conquérir le secteur du bâtiment et de la construction.