Quelques jours avant l’arrivée du cyclone Chido à Mayotte, j’étais en cellule de crise Place Beauvau », raconte fièrement François Gourand. C’était en décembre 2024. De ses briefs dépendent les arbitrages de déploiement de troupes sur les zones qui risquent d’être sinistrées.« Ce que j’aime dans ce métier, c’est d’être au service de la sécurité de la population et de l’État, souligne-t-il. Lorsque j’ai commencé, j’étais passionné par le climat, mais l’urgence n’était pas la même. Nous le voyons dans le profil des jeunes qui nous rejoignent. Ils sont très engagés. »

« Je me souviens de l’été 2015, le premier au cours duquel on a vu apparaître sur nos écrans des températures anormales, livre l’ingénieur météo. On avait observé dès le mois de mai des températures incroyables, avec des pics à 43-44 °C en Espagne. » C’est de cet été hors normes que le spécialiste date le début mesurable de l’emballement. D’autres étés caniculaires ont suivi, chaque nouveau record de chaleur battant le précédent, avec 46 °C atteints à Vérargues (Hérault) en France en juin 2019.

Une profession en évolution

Début 2025, l’IA débarque dans les centres experts de prévision, en France et en Europe. « Elle est d’une aide précieuse pour débusquer, parmi des millions de données, des formes correspondant à des lignes de grains, annonciatrices de tempêtes potentiellement dévastatrices, appuie François Gourand. C’est une révolution ; jusqu’à présent, nos modèles s’affinaient “seulement” avec de meilleures résolutions. » Tous les matins, à 7 heures, ce sont bien les prévisionnistes Météo-France qui analysent ensemble les données récoltées la nuit.

Beaucoup de choses ont changé depuis 2015. Si le sud de la France a toujours été sous haute surveillance en été, depuis les incendies qui ont frappé la Gironde et la Bretagne en 2022, la vigilance a été renforcée. Elle est étendue à toute la France, élargie aux outre-mer, avec des prévisions à sept jours ciblant les phénomènes violents. Depuis 2023, une équipe est dédiée chaque été à la surveillance des forêts et feux de forêt. Aujourd’hui, « les chercheurs de Météo-France participent aux modélisations et à la recherche de solutions face au changement climatique », se réjouit le scientifique engagé. Ce sentiment d’être utile s’impose comme l’intérêt essentiel du métier aujourd’hui.

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