Le constat est sévère. Selon l’océanographe Éric Guilyardi, président de l’Office for Climate -Education et membre du Conseil scientifique de l’éducation nationale, « le nombre d’enfants qui reçoivent au cours de leur scolarité une éducation au climat de qualité est extrêmement faible ». Pourtant, l’Éducation nationale s’est emparée très tôt du sujet. Dès 1977, elle a introduit l’enseignement de l’environnement, devenu en 2004 l’éducation au développement durable (EDD), terminologie toujours en vigueur. À la rentrée 2020, les programmes ont été révisés, l’EDD renforcée. Un pas important a aussi été franchi avec l’élection des écodélégués rendue obligatoire au collège et au lycée.
Aujourd’hui, le programme de maternelle « Explorer le monde », qui permet notamment de mieux connaître la nature, se poursuit à l’école élémentaire. À partir du CM1, l’EDD fait son apparition en sciences et technologie. Elle est approfondie jusqu’en troisième en SVT (montée des océans, effet de serre…), en physique-chimie (chaleur, énergies renouvelables…) ou dans d’autres matières.
Des connaissances encore fragiles
À partir de la seconde, le sujet fait partie intégrante des cours de SVT. Ceux d’histoire-géographie se penchent sur les équilibres fragiles entre société et environnement, ceux de sciences économiques et sociales sur les externalités négatives et les limites de la croissance. « Depuis 2004, l’EDD concerne tous les élèves de la maternelle à la terminale », résume Bertrand Pajot, inspecteur général de l’Éducation nationale. Il reste que l’éducation au changement climatique est « très disparate » d’une académie à l’autre, estimait l’Inspection générale de l’éducation nationale en mars 2023. Sans heures dédiées, elle « repose trop souvent sur la bonne volonté d’enseignants engagés », confirmait fin 2023 un rapport d’information parlementaire, déplorant des parcours EDD décousus selon les établissements et le degré d’engagement des enseignants.
« Nombre d’entre eux », pointe aussi ce rapport, n’ont que des « connaissances fragiles et souvent partielles » des sujets environnementaux. « Il y a eu un gros effort de formation au niveau national », rappelle pourtant Bertrand Pajot. « Car tous les enseignants, à tous les niveaux et dans toutes les disciplines, sont concernés », précise Delphine Cuny, du réseau Canopé, l’opérateur de formation continue de l’Éducation nationale.
En 2024-2025, environ 33 000 personnels ont ainsi été formés à l’éducation à la transition écologique et sociale. Un établissement scolaire sur quatre a le label « E3D », qui récompense l’apprentissage du développement durable.
L’idée est de lier cours théorique et vie scolaire en faisant participer les élèves aux économies d’eau, d’énergie, à la lutte contre le gaspillage ou à la collecte des déchets de leur établissement. Il s’agit aussi d’ouvrir l’école sur l’extérieur à travers des classes hors les murs, en forêt, au bord d’un lac ou en montagne. En 2019, des lycéens de La Rochelle sont même allés en Arctique, sur les pas de la glaciologue Heïdi Sevestre (voir p. 98), pour toucher du doigt la fonte de la banquise, l’un des effets les plus désastreux du réchauffement du climat.





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