Peut-on se fier à l’eau que nous buvons ? « Dans les préoccupations des Français sur la qualité de l’eau, des pollutions émergentes comme celles des microplastiques arrivent désormais quasiment au même niveau que les nitrates et les pesticides », souligne Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau.

Cette inquiétude n’est pas sans fondement. Invisibles à l’œil nu, « les microplastiques sont omniprésents dans notre environnement et se retrouvent dans l’eau potable, que ce soit en bouteille ou du robinet », souligne une étude de 2005 pilotée par le CNRS (1). Une fois ingérés, ces fragments peuvent se retrouver dans le sang, le placenta, les intestins, les poumons ou encore le cerveau. Ils sont suspectés d’affecter les systèmes circulatoire, respiratoire, immunitaire et hormonal, et pourraient favoriser certaines maladies inflammatoires chroniques.

Privilégier l’eau du robinet ou l’eau en bouteille 

Sensibles au marketing des grandes marques, près d’un Français sur deux consomme quotidiennement de l’eau en bouteille. Pourtant, celle-ci n’est pas exempte de risques. En 2022, des prélèvements réalisés en grandes surfaces en France (2) ont montré que 78 % des eaux en bouteille contenaient des microplastiques potentiellement nocifs pour la santé.

Face à cela, « l’eau qui coulent du robinet fait l’objet en France de 18 millions de contrôles par an et d’une règlementation sanitaire très stricte », rappelle Nathalie Davoisne. La question reste toutefois de savoir si les usines d’eau potable, qui traitent l’eau distribuée à domicile, sont capables d’éliminer ces résidus plastiques microscopiques.

Selon Pierre Pieronne, référent qualité de l’eau potable au sein des activités eau de Suez France, « s’agissant des microplastiques, qui vont selon la définition européenne de 5 millimètres à 20 micromètres, on les élimine à hauteur de 95 % à 99 % par des traitements de coagulation-décantation suivis d’une filtration ».

Mais une difficulté subsiste. L’étude du CNRS a montré que « 98 % des microplastiques détectés dans l’eau potable mesurent moins de 20 micromètres » et passent donc sous les radars. Ces nanoplastiques « sont plus difficiles à éliminer par les traitements de base », reconnaît Pierre Pieronne. Toutefois, « les usines d’eau potable des grandes villes ont plusieurs filtres qui, en théorie, peuvent les éliminer à 99 % et si vous utilisez l’ultrafiltration rien ne passera », précise-t-il.

L’intérêt des systèmes de filtration domestique

Dans les zones moins équipées, certains consommateurs choisissent d’installer des systèmes de filtration domestique. Environ 20 % des Français y ont recours. Mais, comme pour les PFAS, seuls les osmoseurs – vendus entre 300 et 1000 euros, sans compter le remplacement régulier des filtres et des membranes – se révèlent réellement efficaces.

En revanche, les perles de céramique ou les bâtonnets de charbon de bois n’apportent aucun bénéfice sanitaire. Quant aux carafes filtrantes, leur efficacité est contestée par l’Anses (3). Elles servent surtout à améliorer le goût de l’eau et à retenir le calcaire ou certains métaux, comme le cuivre ou le plomb.

L’Agence souligne par ailleurs que ces carafes, à charbon actif ou non, doivent être utilisées avec précaution. Mal entretenues, elles peuvent relarguer dans l’eau certains contaminants (ions, sodium, ammonium…). De plus, en éliminant le chlore, elles risquent d’altérer la qualité microbiologique de l’eau consommée.

Pour les chercheurs, la présence de microplastiques dans l’eau potable ne fait désormais plus débat. La question qui demeure est celle de leur impact sanitaire à long terme. Faute de données encore suffisantes, les agences sanitaires appellent surtout à poursuivre les recherches et à réduire à la source la pollution plastique.

Comment débarrasser l’eau des PFAS

Des cosmétiques aux ustensiles de cuisine en passant par les vêtements, les PFAS ( substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), surnommés “ polluants éternels”, ont contaminé notre vie quotidienne.
Très persistants dans l’organisme et l’environnement, “ils peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain”, confirme l’Anses, qui a mesuré en 2025 leur présence dans l’eau potable. Pour les vingt PFAS surveillés au niveau européen, les seuils réglementaires ont été ponctuellement dépassés en France dans l’eau du robinet.

Comment réduire son exposition ?

D’abord, il est utile de consulter la carte de contamination publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et de se renseigner sur la station de traitement alimentant votre commune. Des entreprises, à l’instar de Veolia, savent retirer certains PFAS de l’eau.L’osmose inverse basse pression est la technique la plus efficace. Mais elle reste coûteuse et énergivore. Autre limite : filtrer les PFAS ne veut pas dire les détruire.Les molécules sont concentrées dans les résidus nécessitant un traitement. Des méthodes capables de dégrader ces composés sont à l’étude.À domicile, certains dispositifs peuvent réduire la contamination.Les carafes filtrantes au charbon actif ont une efficacité variable.Là aussi, l’osmose inverse - sous évier - est plus performante. mais elle reste plus chère : à partir de 300 euros et jusqu’à 1200 euros pour les systèmes plus efficaces.