En France, l’érosion touche aujourd’hui près de 20 % du littoral, soit environ 900 kilomètres de côtes en métropole. Selon le Cerema (1), le recul du trait de côte pourrait affecter, d’ici 2050, quelque 5 200 logements et 1400 locaux d’activité, pour une valeur de 1,2 milliard d’euros.
Le littoral du Pas-de-Calais ne fait pas exception. En janvier 2026, lors de la tempête Goretti, la Manche a emporté une partie de la digue d’Ambleteuse, et à Wissant, la dune d’Aval perd en moyenne 3,70 mètres par an, menaçant infrastructures, habitations et écosystèmes côtiers.
En cause : l’élévation du niveau de la mer, la répétition d’épisodes tempétueux, mais aussi la dégradation des écosystèmes marins et littoraux, qui contribuent naturellement à protéger le littoral contre l’érosion.
Un premier test prometteur en aquarium
« Sur la côte d’Opale, nous faisons face à deux enjeux majeurs : le déclin de la biodiversité marine sous l’effet de pressions multiples – pêche, artificialisation des milieux, pollution, etc. – et l’érosion du trait de côte, confirme Matthias Paschal, responsable du fonds de dotation de Nausicaá, centre national de la mer à Boulogne-sur-Mer. C'est pour répondre à ce double défi que les mécènes du fonds, parmi lesquels le groupe BPCE, ont décidé de soutenir le projet Blue Living Reef, porté par LineUp Ocean et le Blue Living Lab. » Objectif : concevoir des structures capables de limiter l'érosion côtière tout en favorisant la biodiversité marine. « Pendant longtemps, la réponse à l’érosion a consisté à construire des ouvrages de protection, comme les digues, les épis, les brise-lames et autres enrochements, poursuit-il. Aujourd’hui, un changement de paradigme s’opère : plutôt que de lutter contre la mer, nous cherchons à travailler avec elle, en mobilisant les fonctions écologiques des écosystèmes pour accroître la résilience du littoral. »
Début 2024, la start-up montpelliéraine LineUp Ocean – couvée au Blue Living Lab, l’incubateur de projets de Nausicaá – a procédé à l’immersion de deux modules de test d’1,5 tonne chacun dans le grand bassin de l’aquarium boulonnais. Une expérimentation destinée à observer la colonisation des récifs par la faune et la flore. « Celle-ci a permis de mettre en évidence la formation d’un biofilm sur la structure, confirmant son potentiel en tant que support de biodiversité marine », explique Adrien Poquet, docteur en biologie marine et conseiller scientifique à Nausicaá. Deux ans plus tard, les résultats dépassent largement les espérances. « Jusqu’à vingt-huit espèces ont été recensées, dont des oursins diadèmes, des polypes de méduses, des coraux Tubastraea coccinea et des œufs de sergent-major », détaille le biologiste marin. Tant et si bien que les modules qui devaient initialement être retirés à l’issue de l’expérimentation ont finalement été maintenus en place.
Du bassin… au grand bain
Après un premier essai concluant en bassin, l’heure est désormais venue de tester la solution « grandeur nature ». « Sur la côte d’Opale, le projet en est encore aux phases préliminaires de sélection du site d’étude, précise Adrien Poquet. Un choix complexe, car il doit répondre à plusieurs critères : état du milieu en termes de biodiversité, contraintes liées à l’érosion côtière, etc. À ce stade, Wimereux apparaît comme une piste intéressante, mais il est encore trop tôt pour se prononcer. » Une étape décisive pour ce projet de protection du littoral et de soutien à la biodiversité marine, appelé à essaimer sur d’autres territoires côtiers, notamment en Méditerranée. À Palavas-les-Flots, dans l’Hérault, le projet Surfreef, porté par LineUp Ocean, est lui aussi en cours d’expérimentation. De quoi préfigurer les aménagements littoraux de demain…




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