Le principe
Face au réchauffement climatique, chercheurs et entreprises proposent d’optimiser la capacité naturelle de l’océan à capter le CO₂ présent dans l’atmosphère. Cette approche relève de la géo-ingénierie, c’est-à-dire de l’intervention délibérée sur des processus naturels afin d’agir sur le climat.
Plusieurs techniques sont étudiées : fertiliser certaines zones océaniques avec du fer pour stimuler le phytoplancton, développer des cultures d’algues capables d’absorber du carbone ou encore augmenter l’alcalinité de l’eau de mer afin qu’elle capte davantage de CO₂.
Les promesses de l’alcalinisation
Les partisans de ces techniques soulignent l’ampleur du défi climatique.
Ils estiment qu’il faut explorer des moyens d’éliminer une partie du CO₂ accumulée dans l’atmosphère. Aujourd’hui, l’attention se porte surtout sur l’augmentation de l’alcalinité des océans.
En dissolvant certains matériaux alcalins dans l’eau de mer ou grâce à des procédés électrochimiques, cette technique pourrait renforcer la capacité naturelle de l’océan à absorber du carbone. Les estimations varient fortement selon les hypothèses retenues. Le rapport des National Academies américaines évoque un potentiel supérieur à 0,1 gigatonne de CO₂ par an (et jusqu’à 1 gigatonne), tandis qu’une synthèse de la NOAA avance une fourchette allant de 1 à plus de 15 gigatonnes par an. À titre de comparaison, les émissions mondiales de CO₂ liées aux activités humaines atteignent environ 40 gigatonnes par an.
Une technique encore immature
Au-delà de l’effet attendu, les conséquences plus générales sur l’environnement ne sont que très rarement anticipées. « Toutes les solutions biologiques sont très complexes, rappelle Fabrice Pernet chercheur de l’Ifremer basé à Brest, spécialisé en écophysiologie des organismes marins.
"Il faut également pouvoir prouver que la technique utilisée est plus efficace que si l’on n’avait rien fait.
Et il faut être certain que cela n’est pas destructeur pour d’autres organismes."
Pour l’alcalinisation, « on peut ajouter par exemple de l’olivine qui est une roche très abondante à la surface de la terre. Mais cette roche contient des métaux à l’état de traces et notamment du nickel, très toxique pour de nombreux organismes marins. » Le problème, c’est que les entreprises foncent et que « la science arrive derrière pour mener les évaluations », précise encore le chercheur. « Je ne suis donc pas favorable au déploiement de cette technique car elle est immature, poursuit-il. Il faut d’abord que la recherche évalue les impacts et que l’on développe les questions de gouvernance et d’encadrement de ce genre de procédé. »
Pour conclure
La géo-ingénierie porte souvent sur des techniques « d’apprentis sorciers ». À ce jour, aucune approche ne répond à la fois à des critères d’efficacité, de sécurité environnementale et d’accessibilité financière, souligne la Plateforme Océan et Climat. Et « la géo-ingénierie marine ne s’attaque qu’aux symptômes du changement climatique et non pas à ses causes », rappelle Françoise Gaill, directrice de recherche émérite au CNRS.
A consulter
Pernet F. & Gazeau F., L’Acidification des océans. Quels effets ? Quelles solutions ?, Quæ, 2024.
Rapport des National Academies : A Research Strategy for Ocean-based Carbon Dioxide Removal and Sequestration, 2022..
NOAA, Marine Carbon Dioxide Removal Research Strategy (2023)



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