Si le continent européen compte 1,2 million de barrages et autres obstacles, tels des weirs ou des culées de pont, modifiant les systèmes fluviaux, la Vjosa faisait figure d’exception. Son cours restait naturel, si l’on excepte un barrage à sa source, en Grèce. Le fleuve se devait de rester libre et non endigué pour préserver les 1 175 espèces végétales et animales qu’il compte, selon l’analyse de Besjana Guri et Olsi Nika, experte en communication pour l’une et biologiste aquatique pour l’autre. Soutenu par plusieurs ONG, mais également par des personnalités comme Leonardo DiCaprio, leur combat a porté ses fruits après plus d’une décennie de bataille (leur association EcoAlbania a été créée en 2014). En mars 2023, le gouvernement albanais a officiellement désigné comme parc national les 270 kilomètres que parcourt le fleuve en Albanie ainsi que ses divers affluents, soit pas moins de 400 kilomètres de corridors fluviaux, représentant un territoire de 13 000 hectares. « C’est un message fort, la protection l’a emporté sur la destruction, car la Vjosa n’est pas seulement un fleuve, c’est un patrimoine mondial de biodiversité. Chaque espèce présente ici est adaptée à ce fleuve. Si nous détruisons cet habitat, nous détruisons un monde qui existe depuis des millénaires », souligne Olsi Nika. 

Le combat n’est pourtant pas terminé. Pompage d’eau, extraction de sédiments et de graviers, mais aussi développement touristique pèsent sur le fleuve. L’Albanie et ses 2,7 millions d’habitants entend devenir une destination touristique de premier
ordre – l’Institut national de statistique d’Albanie (Instat) a enregistré une augmentation de 82 % des arrivées de touristes en 2024 par rapport à 2019. Les conséquences sont nombreuses, à commencer par le détournement des eaux du fleuve et de ses affluents pour alimenter le développement du tourisme de masse sur la côte d’Himara, au sud du pays. « Nous croyons que le véritable progrès réside dans la préservation du caractère sauvage de la Vjosa, et non dans sa transformation en terrain de jeu pour des profits à court terme », conclut Olsi Nika. Une vision partagée par la Fondation Goldman pour l’environnement, qui a couronné leur travail. 

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