Quels perturbateurs endocriniens trouve-t-on dans nos logements ?

Surtout des bisphénols et des phtalates. Et pour cause, chaque année, notre pays utilise environ 100 000 tonnes de phtalates. Selon Santé Publique France, ces substances sont impliquées dans une trentaine de maladies chroniques.

C’est inquiétant…

Il faut le voir presque comme une bonne nouvelle. Parce que ça veut dire que nous allons pouvoir réduire d’autant l’incidence de maladies en traquant les phtalates. Et de manière plutôt spectaculaire. Parce que les phtalates ne sont pas persistants. Le corps humain les élimine en moins de 48 heures.

Comment les perturbateurs endocriniens se retrouvent-ils dans notre air intérieur ?

Ils se cachent dans les plastiques, par exemple dans les sols en PVC qui contiennent jusqu’à 40 % de phtalates. À température ambiante, ils restent emprisonnés dans le revêtement. Mais il suffit que le soleil fasse monter la température du sol pour qu’ils deviennent volatils. À 35 °C, les émissions sont multipliées par dix. À 50 °C, elles sont encore plus fortes, sans que l’on s’en rende compte. Résultat, le Koweït bat tous les records de contamination des enfants.

Quelles habitudes adopter pour limiter l’exposition ?

On peut agir très simplement : aérer régulièrement le logement, cuisiner davantage à la maison et limiter les aliments ultra-transformés, bannir les récipients en plastique du micro-ondes, remplacer les sols en PVC par des matériaux plus sains (bois, carrelage, etc.).

Quels sont les bénéfices attendus ?

Ils sont considérables. Supprimer le revêtement de sol en PVC de la chambre des parents peut diviser par deux le risque d’asthme chez l’enfant. Sans parler des bénéfices sur les problèmes de puberté précoce ou les troubles du comportement.

Certaines populations sont-elles plus exposées ?

Les jeunes enfants et les femmes enceintes. Les enfants inhalent — en marchant à quatre pattes — et ingèrent — en se léchant les doigts — les phtalates présents au sol, et les femmes enceintes peuvent transmettre cette exposition au fœtus. Des études américaines montrent que réduire leur contamination de 90 % permet de faire baisser les cas de prématurité d’un tiers. Une équipe italienne conclut, elle, que le bisphénol est impliqué dans toutes les phases de développement des cancers. Cela pourrait expliquer l’explosion des cas de cancer du sein en France. Il y a urgence à déplastifier nos vies.

À quelle échéance peut-on espérer des résultats ?

À l’échelle de la société, de dix à quinze ans au moins pour revenir à des niveaux d’expositions qui étaient ceux d’il y a trente ans. À titre personnel, on peut obtenir des résultats significatifs en très peu de temps. Nous l’avons démontré avec l’opération que nous menons dans les lycées (1). L’exposition des jeunes peut baisser d’au moins 50 % en 7 jours seulement.