La Conférence des Nations unies sur l’océan qui s’est tenue en juin 2025, à Nice, a fait souffler un vent d’enthousiasme collectif pour l’océan. Les scientifiques du monde entier ont suscité l’émotion en rappelant d’une seule voix son rôle vital : régulateur du climat, puits de carbone, pourvoyeur d’oxygène, réservoir de biodiversité, l’océan protège nos côtes et nourrit trois milliards de personnes. Jamais les enjeux marins n’avaient occupé une telle place dans l’agenda diplomatique international. Jamais les scientifiques n’avaient été aussi unis. Jamais les enjeux de protection de l’océan n’avaient été plus présents dans les médias. La conférence de Nice, liée à l’Objectif de développement durable n°14 (ODD14) qui concerne la protection des océans, était non contraignante. C’est-à-dire qu’elle n’imposait aucune obligation légale aux participants. Mais elle a été un accélérateur. Au-delà du bal politique et diplomatique savamment chorégraphié (plus de 60 chefs d’État et de gouvernement étaient présents), les discussions ont avancé sur des sujets essentiels à la gouvernance mondiale de l’océan. C’est dans cette dynamique que plus de 60 pays ont ratifié le traité Biodiversity Beyond National Jurisdiction (BBNJ) pour protéger la haute mer, cet espace gigantesque qui représente près de 65 % de l’océan et qui a aujourd’hui tout d’un immense Far West. Grâce à ce cadre juridique nouveau, il sera désormais possible de créer des aires marines protégées en haute mer. Le traité impose par ailleurs des études d’impact préalables à toute activité dans les eaux internationales.
Bientôt la première COP des océans
Il prévoit également un soutien scientifique, technique et financier pour les pays du Sud et un partage des bénéfices issus des ressources génétiques marines. La mise en œuvre effective du traité BBNJ débouchera sur la tenue d’un événement historique : une première COP des océans en septembre 2026. Dans le prolongement de Nice, l’Accord sur les subventions à la pêche de l’OMC est entré en vigueur en septembre, un signal fort pour lutter contre la pêche illégale et garantir la sécurité alimentaire des plus démunis. C’est le premier accord multilatéral de l’histoire de l’OMC à viser directement un enjeu environnemental. Malheureusement, à ces avancées multilatérales s’opposent encore des initiatives unilatérales, comme le décret signé par Donald Trump en avril 2025 pour accélérer l’exploitation minière des fonds marins en eaux internationales. Alors même que les scientifiques alertent unanimement sur les impacts irréversibles
de telles activités sur les écosystèmes profonds. Quand la science est reléguée au rang d’une opinion, nous sommes prêts à reproduire en mer les mêmes erreurs que nous avons commises à terre. Et pire encore !
Une mobilisation collective nécessaire
Des sessions de négociations s’enlisent : la trentième session de négociations de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) pour parvenir à un
moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins ou la session de négociations de Genève pour s’accorder enfin sur un traité contraignant pour lutter contre la pollution plastique, n’ont pasabouti.L’efficacité des instances internationales est remise en question et le temps long de la diplomatie ne s’accorde pas avec l’urgence environnementale sur ce point crucial. À la Fondation de la Mer, nous sommes convaincus que seule une mobilisation collective permettra de relever les défis actuels et futurs. Depuis plus de dix ans, nous avons fait le choix de réunir autourde la même table des acteurs que tout semble opposer – entreprises, pêcheurs, scientifiques, représentants de l’État, ONG militantes – parce que nous croyons que le dialogue, même e xigeant, est le meilleur moyen d’avancer. Dans un monde où l’extrémisme gagne du terrain, nous assumons une posture radicale dans nos convictions, mais ouverte dans nos méthodes, avec un seul objectif : embarquer tout le monde dans la préservation de l’océan, puisque nous sommes tous concernés. Cet engagement collectif inclut les entreprises, qui sont un levier essentiel de transformation. De nombreuses entreprises, souvent dirigées par des femmes et des hommes passionnés par la mer, nous soutiennent déjà. Au-delà du mécénat, elles ont un rôle moteur à jouer, en influençant directement les comportements de leurs collaborateurs, de leurs fournisseurs, de leurs distributeurs et de leurs clients. Intégrer l’océan dans une stratégie d’entreprise n’est pas seulement une question de responsabilité environnementale, c’est également un choix porteur en matière d’innovation, d’image et de mobilisation interne.
Dans un contexte où l’urgence appelle à des changements rapides, cet engagement sera décisif. L’enjeu n’est plus seulement de protéger l’océan comme un patrimoine naturel à préserver, un horizon à contempler pour rêver. Il s’agit de prendre conscience qu’il est notre meilleur allié pour affronter la crise climatique, écologique et sociale. Sa santé conditionne la nôtre. Ses limites sont nos propres limites. Ainsi, 2025 marque un tournant et nous offre une chance de transformer des avancées juridiques au niveau mondial en une véritable feuille de route en tant que décideurs. Notre responsabilité est immense. L’opportunité qui s’offre à nous est historique. Les générations futures jugeront de notre capacité à ne pas la laisser passer.





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